Chez Dach&Zephir, la Guadeloupe se tisse, se sculpte et devient objet. Pour Paris Design Week 2026, le duo présente Souvenances, une exposition qui célèbre dix ans de création entre mémoire créole, savoir-faire antillais et design contemporain. Une autre façon de regarder ce que l’on appelle le design français.
La Guadeloupe n’est pas qu’une carte postale
Des palmiers, des couleurs, du soleil. La carte postale caribéenne a la vie dure.
Dach&Zephir préfèrent regarder ailleurs. Le studio réunit Dimitri Zephir, né et grandi en Guadeloupe, et Florian Dach, né en Île-de-France. Ils se rencontrent aux Arts Décoratifs de Paris et fondent leur studio en 2016.
Depuis 2015, leur projet Élòj Kréyòl explore l’histoire créative et culturelle des Antilles françaises à travers leurs objets, leurs matériaux et leurs techniques.
Une vannerie, une graine, un morceau de bois, une terre cuite : le duo collecte les traces d’une culture dont les racines plongent aussi dans l’histoire de l’esclavage colonial.
L’objectif ? Revaloriser ces savoirs et faire émerger un imaginaire créole contemporain.
Avec Machann Pannié, ils s’intéressent notamment à la vannerie et à la figure du vannier en Guadeloupe.
Pas pour transformer la culture créole en décor.
Pour faire remonter à la surface des histoires que le design français a longtemps regardées depuis la marge.
« Notre approche consiste à utiliser l’Histoire comme une matière première de conception pour générer le projet. »
Pourquoi un objet raconte plus que ce qu’il montre ?
Chez Dach&Zephir, un objet commence rarement par une forme. Il commence par une histoire, un matériau, un geste ou une mémoire.
Le duo crée des luminaires, meubles, assises, objets et pièces sculpturales à partir de recherches menées dans les territoires antillais.
Il y a Manman Dlo, où terre cuite, graines, vannerie et objets du quotidien racontent l’histoire de l’eau en Martinique. Caribbean Beauties transforme graines, bois et roches de Guadeloupe et de Martinique en objets inspirés des pratiques de parure végétale. Avec Machann Pannié, la vannerie devient le point de départ d’une recherche sur les gestes et les savoir-faire des vanniers.
Leurs matériaux racontent eux aussi une histoire : bakoua, arouman, cachibou, bois des Antilles, bambou, feuille de cocotier, terre cuite…
Derrière chaque pièce, il y a donc une enquête, des archives, des rencontres et des savoir-faire.
Chez Dach&Zephir, l’objet n’illustre pas l’histoire.
Il en devient une nouvelle forme.
Dix ans d’archives et tout reste à raconter
Pour leurs dix ans, Dach&Zephir ne ressortent pas simplement leurs anciens objets.
Avec Souvenances, présenté pendant Paris Design Week 2026 dans la boardroom des Galeries Lafayette Champs-Élysées, le duo s’intéresse à tout ce qui accompagne leurs projets sans toujours trouver sa place dans une exposition : images de terrain, archives, textes, matières, documents.
Comment raconter dix années de recherche sans faire une rétrospective ?
Dach&Zephir transforment leurs archives en objets-dispositifs, quelque part entre dossier administratif, mémoire personnelle et showroom de mode.
Les images deviennent des objets. Les objets deviennent des archives. Les souvenirs deviennent matière.
Souvenances ne raconte donc pas seulement ce que le studio a créé depuis 2015.
Elle montre aussi ce qu’il a choisi de garder.
Et si le design français était plus créole qu’on ne le pense ?
Pourquoi parler de « design créole » comme s’il s’agissait d’une catégorie à part ?
Depuis dix ans, Dach&Zephir fabriquent des objets à partir d’histoires, de matières et de savoir-faire antillais. Des objets qui ne demandent pas à être regardés comme des curiosités culturelles, mais comme du design à part entière.
Leurs pièces sont désormais entrées dans les collections du Centre Pompidou, du Musée des Arts Décoratifs, du CNAP et du FRAC Pays de Loire. Leur première exposition monographique, simé grenn, a été présentée à la Cité du design en 2024. En 2025, la Ville de Paris leur attribue son Grand Prix de la Création, catégorie Design et Engagement.
La reconnaissance est là. Ce qui reste intéressant, c’est ce qu’elle dit du paysage qui l’entoure.
Pendant longtemps, l’histoire du design français s’est racontée à travers ses écoles, ses designers, ses manufactures et ses grandes maisons. Les territoires ultramarins et leurs savoir-faire y apparaissent beaucoup moins souvent comme des forces créatives que comme des réservoirs de folklore, de matières ou d’inspiration.
« Cette minoration s’explique en partie par la distance géographique, commente ce dernier, mais aussi par un passé colonial marqué par un imaginaire dominant et une injonction à l’assimilation. »
Dach&Zephir déplacent cette frontière.
Ils ne cherchent pas à faire « entrer » la Guadeloupe dans le design français. Ils montrent qu’elle en fait déjà partie.
Et c’est peut-être là que leur travail devient le plus contemporain : ne plus demander une place dans le récit, mais contribuer à le changer.
À voir à Paris
Souvenances — dach&zephir
Paris Design Week 2026
10 → 20 septembre 2026
Galeries Lafayette Champs-Élysées
60 avenue des Champs-Élysées, 75008 Paris
Tous les jours, 10h → 21h
Entrée libre
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