Paris Fashion Week SS27 : Qu'est-ce qu'on peut encore voir qu'on n'a jamais vu ?

Paris déroulera son grand théâtre. Deux groupes, une industrie. Les mêmes front rows, les mêmes podiums démesurés, les mêmes looks disséqués sur TikTok avant d’être portés. À force de tout voir si vite, que reste-t-il à désirer ? La vraie question n’est peut-être plus de savoir quelle marque dominera la prochaine saison, mais ce que les nouvelles générations ont encore envie de porter et surtout, pourquoi.

La mode a-t-elle épuisé le concept de « nouveauté » ?

La Fashion Week fonctionne sur une promesse : montrer demain avant tout le monde.
Mais aujourd’hui, demain arrive sur nos écrans avant même les podiums.

Tout a déjà eu son revival.
Les années 90. Les années 2000. Le vintage. Le minimalisme. L’excès.
Même la nostalgie tourne en boucle.

À force de recycler le passé, où va-t-on chercher le prochain désir ?

Après plusieurs années dominées par les tendances virales, les « aesthetics » et les silhouettes immédiatement reconnaissables sur les réseaux, quelque chose semble bouger. La Gen Z, première génération à avoir construit une grande partie de son rapport à la mode derrière un écran, commence paradoxalement à rechercher ce que les algorithmes rendent le plus difficile à trouver : une identité personnelle.

Ce glissement change le rapport au luxe. Lorsque les prix augmentent tandis que les produits deviennent toujours plus visibles et immédiatement identifiables, posséder le même objet que tout le monde perd une partie de son pouvoir symbolique. Le vintage, la seconde main et les pièces trouvées deviennent alors autre chose qu’une alternative moins chère : une manière de reprendre la main sur son propre récit vestimentaire.

C’est peut-être là que se trouve l’une des tensions les plus intéressantes de cette Fashion Week. Le luxe continue de vendre de la désirabilité, mais une partie de son jeune public semble désormais chercher autre chose : du point de vue, de la personnalité, de la culture et une histoire qui ne soit pas entièrement fabriquée par le marketing.

Alors, qui peut encore créer quelque chose que nous n’avons pas déjà vu sur un écran ?

Le prochain luxe ne sera peut-être pas celui qui fera le plus de bruit. Il sera peut-être plus discret, plus difficile à identifier. Une pièce, une silhouette, une façon de s’habiller qui ne cherche pas à appartenir à une tendance, mais à quelqu’un.

Le prochain luxe pourrait être l’individualité

Pendant des années, le luxe devait être reconnaissable.
Un sac.
Un logo.
Une silhouette.

Aujourd'hui, tout le monde voit les mêmes collections, les mêmes images, les mêmes looks.
La rareté se déplace.

La mode révèle les désirs et les anxiétés des individus : que dévoilons-nous vraiment lorsque nous nous habillons ?

S’habiller n’a jamais été un geste aussi anodin qu’il y paraît. Avant même de parler de tendances, le vêtement raconte quelque chose de nous : ce que l’on veut montrer, ce que l’on cherche à cacher, le groupe auquel on veut appartenir — ou celui dont on veut se distinguer.

Pendant longtemps, la mode a précisément joué sur cette tension. Elle nous promettait l’individualité tout en fabriquant les codes permettant de la reconnaître. Acheter une pièce convoitée par tous, c’était aussi acheter une place dans une communauté imaginaire. Le logo, la silhouette ou le sac devenaient des signes de reconnaissance.

Mais que se passe-t-il lorsque ces signes deviennent trop visibles ?

À mesure que les mêmes images circulent partout, le vêtement perd une partie de sa capacité à distinguer celui qui le porte. Une tendance peut être repérée, copiée et reproduite en quelques heures. Une pièce autrefois exclusive devient immédiatement identifiable. Le luxe, lui aussi, se retrouve pris dans cette contradiction : comment continuer à vendre l’exceptionnel quand tout le monde peut voir, commenter et parfois reproduire ce qui est censé être rare ?

C’est peut-être ici que se dessine un nouveau rapport au luxe. La valeur d’une pièce ne résiderait plus uniquement dans son prix, sa rareté ou son statut, mais dans sa capacité à devenir personnelle.

Le vintage et la seconde main participent de ce mouvement. Pas seulement parce qu’ils permettent d’acheter moins cher, mais parce qu’ils offrent la possibilité de sortir des collections et des calendriers imposés. Trouver une pièce qui n’est plus produite, la mélanger à une création récente, la porter d’une manière inattendue : le style devient moins une question de possession qu’une question d’interprétation.

Le vrai luxe pourrait alors être de ne pas être immédiatement identifiable.

Ne pas porter la silhouette que l’on attend. Mélanger les époques. Porter une pièce sans son logo. Préférer un objet trouvé à celui qui vient de sortir. Construire son propre langage plutôt que d’adopter celui d’une maison.

Cela ne signifie pas que les grandes marques ont perdu leur pouvoir. Elles continuent de produire du désir, parfois avec une puissance incomparable. Mais leur défi est désormais différent. Elles ne doivent plus seulement donner envie d’appartenir à un univers : elles doivent donner suffisamment de matière pour que chacun puisse s’approprier cet univers et en faire quelque chose qui lui appartient.

La mode pourrait ainsi entrer dans une nouvelle contradiction. Après avoir passé des décennies à créer des tendances pour nous permettre de nous différencier, elle doit désormais composer avec une génération qui veut surtout ne pas ressembler à tout le monde.

Et peut-être que la prochaine frontière du luxe ne sera ni une matière plus rare, ni un prix plus élevé, ni un logo plus reconnaissable.

Elle sera beaucoup plus difficile à fabriquer : la singularité.

Et si l'imperfection devenait le nouveau luxe ?

Et si le désir se trouvait désormais ailleurs ?

Dans une irrégularité.
Une matière qui garde sa trace.
Un geste que la machine ne reproduit pas exactement.
Une pièce qui semble avoir vécu avant même d’être portée.

L’artisanat revient ici au centre du jeu. Pas comme nostalgie, mais comme preuve de temps. Une couture légèrement différente. Une texture qui varie. Une matière qui évolue. Ce qui autrefois pouvait être considéré comme un défaut devient la signature d’un objet unique.

Le luxe pourrait alors changer de définition.

Ne plus effacer la main.
La montrer.

Ne plus chercher l’objet parfait.
Chercher celui qui ne peut pas être exactement reproduit.

Dans une industrie qui accélère sans cesse, l’imperfection devient une résistance.

Et peut-être que le véritable luxe, demain, sera simplement de pouvoir voir qu’une main est passée par là.


Pour aller plus loin

Fashion, Desire and Anxiety: Image and Morality in the Twentieth Century — Rebecca Arnold
Dress, Dreams, and Desire: A History of Fashion and Psychoanalysis — Valerie Steele
Dior et moi — Frédéric Tcheng



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L'auteur

Bienvenue ! Mannequin voyageuse, je dévoile mon carnet d'adresses autour du globe, illustré par mes plus beaux clichés. Foodista aguerrie, retrouvez ma sélection de tables gourmandes et mes plus beaux shootings photos autour du monde. 

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