Qui sont les hair stylist visionnaires derrière les looks les plus iconiques des Fashion Weeks ?

La Fashion Week : un terrain de jeu où rêves et chiffres s’entrelacent, mais aussi un théâtre où, dans l’ombre des podiums étincelants, une armée silencieuse de créatifs écrit l’histoire. En 2024, les défilés parisiens ont rapporté 391 millions d’euros d'impact médiatique, un chiffre vertigineux. Pourtant, c’est dans l’intimité des coulisses que naît l’alchimie : coiffeurs, maquilleurs, stylistes, directeurs artistiques… Qui sont ces architectes de l’ombre qui sculptent l’esthétique du luxe et façonnent les tendances virales du futur? Leur révolution est là, dans cette quête de visibilité. Alors, sortons-les de l’ombre et mettons-les sous le feu des projecteurs.

Chaque mannequin, chaque célébrité, chaque image — une armée de créatifs orchestre l’illusion. Maquilleurs, coiffeurs, stylistes, nail artists, techniciens : ces architectes invisibles sculptent l’allure et génèrent des millions de vues, d’images et de vidéos, disséminées aux quatre coins du monde. Pourtant, derrière cette frénésie médiatique, une question persiste : qui façonne réellement ces récits ? L’inclusivité affichée en surface reflète-t-elle une véritable transformation en profondeur, ou n’est-elle qu’un mirage soigneusement mis en scène ? Les coulisses de la mode restent-elles un territoire réservé, malgré le discours ambiant ?

Hair by Shinji Konishi, Comme des Garçons “noir kei ninomiya” Fall/Winter 2025

L’industrie se drape d’inclusivité, mais les coulisses racontent une autre histoire. Les défilés affichent des visages BIPOC sur les podiums, mais qu’en est-il des postes décisionnaires ? Combien de directeurs artistiques, designers en chef ou stratèges créatifs issus de ces communautés façonnent réellement l’avenir des marques ? La diversité ne peut pas se limiter à l’image, elle doit s’imposer dans les studios, les conseils d’administration et les ateliers. Sans cela, l’inclusivité reste une mise en scène, un écran de fumée qui cache une réalité bien plus figée qu’elle ne le prétend. Décryptons ensemble les pionniers et la nouvelle vague d’artistes qui ouvrent la voix.

Les Hair Stylists les plus connus de l’industrie

Cyndia Harvey

Cyndia Harvey, photographiée par Paul Scala

Anglaise d'origine jamaïcaine, Cyndia Harvey est l'une des coiffeuses les plus influentes de l'industrie, reconnue pour ses créations audacieuses et sa maîtrise des textures afro. En 2024, elle a dirigé les équipes coiffure de défilés prestigieux tels que Marine Serre, Simone Rocha, Nensi Dojaka et Jacquemus. Elle a également été responsable de la coiffure lors du défilé Coperni printemps-été 2023. Son talent a attiré des célébrités de premier plan, notamment Kendrick Lamar, Rihanna, Alicia Keys, Beyoncé, Frank Ocean, FKA Twigs, Naomi Campbell et Janelle Monáe, ajoutant une touche unique à leurs apparitions sur le tapis rouge et lors de séances photo pour des magazines tels que Vogue, Elle et Harper's Bazaar.

Hair by Cyndia Harvey, photographed by Terry Mitchel, styled by Brian Molloy, W magazine 2023

Son film ‘Hair Of Mine

« Les créatifs BIPOC sont souvent invisibles dans les coulisses, même si nous avons toujours été là. L’industrie doit accepter de nous donner plus de places pour que l’on puisse vraiment changer les choses.  »
— Cyndia Harvey

Jawara Wauchope

Jawara Wauchope, photographié par Kayleen Dicuangco

Dans l’arène ultra-sélective de la coiffure haute couture, où les noms de légende se résument souvent à un seul mot — Guido, Luigi, Odile — un autre mononyme s’impose avec une force indéniable : Jawara. Né à Brooklyn et grandi en Jamaïque, Jawara Wauchope a fait son entrée dans l’univers de la coiffure avec du rythme, de l’énergie et une assurance à toute épreuve.

Hair by Ib Jawara, photographié par Tyler Mitchell

Passé maître dans l’art de sublimer les textures naturelles, il insuffle une modernité radicale au style afro et à l’esthétique streetwear. De Louis Vuitton pour la Fashion Week Printemps-Été 2024 à Fenty de Rihanna, en passant par des collaborations avec Gucci, Off-White, Chanel, Calvin Klein — Elie Saab et Jean Paul Gauthier pour cette saison Printemps-Été 2025, son empreinte est partout. Véritable caméléon du backstage, il a façonné les looks de Solange, FKA Twigs, Megan Thee Stallion, Alicia Keys et Bella Hadid, faisant de chaque chevelure une œuvre d’art.

Hair par Jawara, photographié par Nadine Ijewere

Jawara ne se limite pas aux podiums. Senior Beauty Editor-at-Large d’i-D, récompensé par le British Fashion Council New Wave Creative Award, il célèbre la culture noire à travers des expositions visionnaires, tout en imposant son esthétique dans Vogue (US, UK, Italia), Dazed, i-D et T Magazine. Son ascension fulgurante depuis qu’il a pris son envol en 2013 n’a rien d’un hasard : il ne suit pas les tendances, il les crée.

« Chaque texture est une toile vierge, prête à raconter une nouvelle histoire.  »
— Jawara Wauchope

La nouvelle vague

Karim Belghiran

Karim Belghiran voit le jour à Paris en 1993. Sculpteur du cheveu, il sublime chaque mèche comme une œuvre d'art, créant des textures et des volumes qui défient les attentes. Son approche structurale confère à son travail une aura cinématographique, un surréalisme délicatement maîtrisé, un alchimiste capillaire dont les mains transforment les textures en manifestes. D'origine marocaine et espagnole, il vit aujourd'hui à Paris, où il déploie son talent au service des plus grandes maisons.

Karim entame sa carrière à Barcelone, travaillant dans l’un des salons les plus réputés de la ville, où il comprend l’importance de prendre soin des cheveux des femmes et de répondre à leurs attentes. Par la suite, il se lance dans l’industrie cinématographique, coiffant pour des films comme Le Parfum, où il perfectionne son art des perruques et développe une vision artistique plus poussée. Ce parcours éclectique attire rapidement l’attention des plus grands photographes, stylistes et éditeurs de mode. Son talent pour créer des styles à la fois modernes et naturels lui a permis de devenir l’un des coiffeurs les plus recherchés et polyvalents de l’industrie.

Création par Karim Belghiran

Aujourd’hui, basé à Paris, il déploie son talent au service des plus grandes maisons de mode, notamment Louis Vuitton (pour leurs défilés homme depuis 2023), Chanel, Bottega Veneta, Zara, Miu Miu, Loewe, Versace et Jacquemus. Son travail a été publié dans les pages des magazines les plus prestigieux, tels que i-D, Vogue France, Acne Papers, Holiday, 032c, Vogue Italie, British Vogue, Vogue Espagne, Le Monde D'Hermès, M Le Monde, Interview, et Self Service.

En 2024, il façonne les silhouettes aériennes et architecturales des shows Rick Owens et Loewe, où les cheveux deviennent armures et sculptures vivantes. Il sublime les campagnes Fendi et Saint Laurent, collaborant avec des photographes comme Steven Meisel et Carlijn Jacobs pour créer des visuels hypnotisants.


En 2025, il s’impose sur les défilés de Mugler, Schiaparelli, Vivienne Westwood, Casablanca et Zomer, réinventant l’extravagance capillaire avec un minimalisme futuriste. Lors des shows homme, il illumine le défilé Louis Vuitton, où il signe également leur dernière campagne Louis Vuitton Men's S/S 25 avec le photographe Stef Mitchel.

Entre perruques graphiques et structures défiant la gravité, Karim Belghiran ne se contente pas de coiffer : il écrit un nouveau chapitre de l’imaginaire mode, où chaque chevelure devient une œuvre d’art.


Joey George

Dans le microcosme effervescent de la mode, rares sont ceux qui osent défier les conventions avec autant de brio que Joy George. Ce coiffeur américain, originaire de Chicago, s’est imposé comme une figure incontournable des coulisses les plus prisées. Parti d’un salon de quartier, il a traversé le monde, sculptant les chevelures avec une expertise qui redéfinit les standards. Spécialiste des cheveux texturés, il capte chaque nuance, même dans l’urgence brutale des backstage. Rien ne lui échappe. Il voit tout. Il sait tout.

J’ai eu le privilège de collaborer avec Joy George lors du défilé Diotima à la New York Fashion Week 2024. Dès les premiers instants, j’ai été frappée par son professionnalisme chirurgical. Un coiffeur blanc maîtrisant ma texture avec une telle précision ? Un miracle. Les bons produits, les bons gestes, des temps de pose millimétrés. Résultat : des cheveux hydratés, soyeux, brillants. Aucun dommage. Une prouesse rare quand on est mannequin à Paris.

Côté défilés, 2024 et 2025 ont confirmé son statut de maître d’orchestre capillaire. Il a marqué "An Olympic Night of Fashion – Paris 2024", subliment les créations de Luis Machicao et Teresa Maria Rosati. Depuis deux ans, il a également signé les coiffures pour Diotima, Willy Chavarria, Ulla Johnson, et Atlein à la NFW. Plus récemment, à la Paris Fashion Week Haute Couture 2025, il a coiffé pour Schiaparelli et Dior, fusionnant tradition et modernité avec une précision sculpturale.

Son approche ? Inclusive, radicale, visionnaire. Il ne se contente pas de coiffer : il célèbre. Chaque texture, chaque boucle, chaque frisottis a son récit, transcrit dans des storyboards avant-gardistes qui sont, à eux seuls, une œuvre d’art. Joy George ne suit pas la mode. Il la crée.


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L'auteur

Bienvenue ! Mannequin voyageuse, je dévoile mon carnet d'adresses autour du globe, illustré par mes plus beaux clichés. Foodista aguerrie, retrouvez ma sélection de tables gourmandes et mes plus beaux shootings photos autour du monde. 

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